Ă€ l’heure oĂą la France se prĂ©pare Ă l’Ă©laboration de son budget pour 2026, l’exĂ©cutif conduit par Gabriel Attal et portĂ© par le futur ministre des Finances, SĂ©bastien Lecornu, place la question des niches fiscales au centre de ses prioritĂ©s. PressĂ©e par la Commission europĂ©enne de ramener le dĂ©ficit public sous la barre des 3 % du Produit intĂ©rieur brut (PIB), la majoritĂ© prĂ©sidentielle envisage de revoir en profondeur le vaste système d’avantages fiscaux qui grève chaque annĂ©e les finances de l’État.
Selon les derniers chiffres communiquĂ©s par Bercy, le coĂ»t global des niches fiscales s’Ă©lève en effet Ă plus de 90 milliards d’euros en 2023. Un montant qui suscite rĂ©gulièrement des critiques, tant dans l’opposition que parmi certains Ă©conomistes, qui dĂ©noncent parfois l’inefficacitĂ© ou l’obsolescence de certains dispositifs hĂ©ritĂ©s des dĂ©cennies prĂ©cĂ©dentes. Face Ă la nĂ©cessitĂ© de renouer avec une trajectoire budgĂ©taire rigoureuse, le pouvoir exĂ©cutif considère dĂ©sormais que l’heure est venue de passer cette dĂ©pense Ă la loupe.
Un arbitrage dĂ©licat attend donc SĂ©bastien Lecornu, qui aura la lourde tâche de prĂ©senter Ă l’automne un projet de loi de finances comportant plusieurs mesures visant Ă rĂ©duire, voire supprimer, certains allègements ou exemptions fiscales en vigueur. Si aucune annonce officielle n’a encore Ă©tĂ© faite, plusieurs scĂ©narios sont Ă l’Ă©tude au sein de l’administration, selon nos sources proches du dossier. Parmi les pistes envisagĂ©es figurent la remise en cause de dispositifs jugĂ©s peu efficaces en matière d’emploi ou d’investissement, ainsi que la rĂ©vision de certains avantages sectoriels particulièrement coĂ»teux pour les finances publiques.
De nombreux regards se tournent notamment vers le CrĂ©dit d’impĂ´t recherche (CIR), dispositif phare destinĂ© Ă soutenir l’innovation des entreprises, mais dont l’efficacitĂ© rĂ©elle fait dĂ©bat depuis plusieurs annĂ©es. Ce mĂ©canisme, qui coĂ»te chaque annĂ©e près de 7 milliards d’euros Ă l’État, pourrait ĂŞtre recentrĂ© sur les PME ou conditionnĂ© Ă la rĂ©alisation de certains objectifs. D’autres dispositifs, tels que l’exonĂ©ration des heures supplĂ©mentaires ou certaines rĂ©ductions sur la fiscalitĂ© de l’Ă©nergie, figurent Ă©galement parmi les dossiers sensibles Ă©tudiĂ©s par le gouvernement.
Pour justifier ces mesures potentielles, l’exĂ©cutif met en avant la nĂ©cessitĂ© de prĂ©server le financement des prioritĂ©s que sont l’Ă©ducation, le financement de la transition Ă©cologique, ou encore la dĂ©fense nationale, tout en maĂ®trisant la dynamique de la dette publique, qui frĂ´le dĂ©sormais les 3 100 milliards d’euros. Selon un conseiller ministĂ©riel, « la suppression de certaines niches fiscales inefficaces n’est pas un effort punitif, mais une dĂ©marche de justice et de rationalitĂ© budgĂ©taire ».
L’opposition politique s’est dĂ©jĂ emparĂ©e de la question, certains dĂ©nonçant une « chasse aux classes moyennes » ou l’abandon du soutien Ă la compĂ©titivitĂ© des entreprises. Face Ă la pression sociale et Ă la dĂ©fiance persistante envers l’impĂ´t, le gouvernement devra donc jouer serrĂ© pour Ă©viter une fronde parlementaire, alors mĂŞme que la majoritĂ© Ă l’AssemblĂ©e nationale reste fragile.
En filigrane, ce dĂ©bat sur les niches fiscales pose une question plus large : celle de la cohĂ©rence et de la soutenabilitĂ© du modèle social français, entre redistribution, incitations Ă©conomiques et impĂ©ratifs de consolidation budgĂ©taire. Les arbitrages rendus dans les prochains mois enverront un signal fort sur la volontĂ© de l’État de rĂ©former en profondeur sa politique fiscale, Ă l’aube d’un exercice budgĂ©taire 2026 qui s’annonce particulièrement sous tension.









