La visite officielle de Friedrich Merz en Chine cette semaine, une première depuis sa prise de fonction en tant que chancelier allemand, revêt une dimension stratégique particulière tant pour l’Allemagne que pour l’ensemble de l’Union européenne. Ce déplacement intervient alors que Pékin conserve son statut de premier partenaire commercial de Berlin, une relation qui, bien qu’indispensable à l’industrie allemande, est désormais marquée par une rivalité technologique grandissante et une interdépendance de plus en plus questionnée sur le plan politique et économique.
Dans ce contexte, de plus en plus d’observateurs insistent : aucun État membre, à commencer par l’Allemagne, ne dispose seul du poids nécessaire pour exercer une influence significative vis-à-vis de la Chine. « Face à la Chine, seule une parole européenne cohérente permettrait de peser dans les négociations », souligne l’économiste Holger Görg, spécialiste des relations commerciales internationales. Selon lui, Friedrich Merz devrait s’exprimer au nom de l’UE plutôt que défendre exclusivement les intérêts nationaux, au risque de voir s’amplifier la division européenne sur des sujets majeurs tels que la concurrence, la sécurité technologique ou la diversification des partenariats commerciaux.
Le défi central reste l’équilibre délicat entre coopération et rivalité. Le tissu industriel allemand dépend encore de la Chine pour l’export et l’approvisionnement en composants clés, alors que les industriels chinois gagnent rapidement en expertise, concurrençant désormais l’Allemagne sur ses propres marchés, notamment dans les secteurs de pointe. Cette montée en gamme rapide, particulièrement visible dans le domaine des technologies matures comme les panneaux solaires, pousse l’Europe à accélérer sa propre adaptation industrielle, notamment en acceptant de délaisser progressivement certaines filières traditionnelles telles que les moteurs à combustion.
Dans un environnement mondial où les tensions géopolitiques et les rivalités d’influence se multiplient, l’Europe cherche à préserver son accès au marché chinois tout en évitant de renforcer ses vulnérabilités stratégiques. Les discussions autour de mesures visant à rétablir des conditions de concurrence équitables avec les entreprises chinoises pourraient figurer à l’agenda de la visite. L’arsenal réglementaire européen s’est renforcé ces derniers mois, avec des dispositifs « anti-coercition » destinés à protéger les intérêts essentiels du marché unique en cas de pressions économiques externes. Toutefois, la capacité à réellement réduire les dépendances structurelles, qu’il s’agisse des terres rares, des télécommunications ou d’autres biens stratégiques, demeure un enjeu complexe pour l’UE.
L’enjeu de la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, ainsi que la volonté de réduire la dépendance à des technologies étrangères dans des domaines sensibles, restent au cœur des préoccupations européennes. Il en va de même pour la préservation de l’autonomie stratégique, particulièrement dans les secteurs liés à la sécurité nationale. Nikolaus Görg met en avant le risque engendré par une trop grande dépendance aux infrastructures de télécommunication provenant de fournisseurs non européens, un enjeu susceptible d’influencer durablement la structure du capital des entreprises européennes et leurs choix d’investissement.
Sur le plan patrimonial, cette dynamique internationale soulève indirectement la question de la matérialisation du capital et de la sécurisation de l’épargne européenne sur fond d’incertitude mondiale. Alors que les politiques monétaires restent marquées par une grande volatilité et que les investisseurs sont de plus en plus attentifs à la diversification de leur patrimoine, l’intérêt pour les actifs tangibles ne cesse de croître. Les mouvements de rivalité et d’alignement géopolitique poussent en effet nombre d’acteurs économiques à réévaluer leur exposition aux risques systémiques ; un constat qui encourage, pour partie, l’essor des investissements dans des actifs jugés plus concrets, qu’il s’agisse d’immobilier, de métaux précieux ou de grands crus.
Au final, si la Chine s’impose comme un partenaire commercial incontournable pour l’Europe, la question du rapport de force reste centrale. Pour garantir la compétitivité, la stabilité et la sécurité du capital européen dans un environnement de plus en plus polarisé, la coordination et la diversification apparaissent désormais comme des clés. La visite de Friedrich Merz à Pékin pourrait ainsi servir de baromètre pour la stratégie économique européenne, appelée à conjuguer ouverture aux échanges et minimisation des vulnérabilités dans un monde où la matérialisation du capital se présente comme une préoccupation croissante — tant pour les États que pour les investisseurs.









